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mardi, 27 décembre 2016

Jean-Claude Barens : Ne lâchons rien. Et même mieux, osons !

J’ai en mémoire un document de l’INA où le grand Jacques déploie sa longue carcasse dégingandée sur la scène dans un Olympia enfiévré. Ses immenses bras moulinent au rythme d’une musique lancinante : Au suivant, au suivant… chante-t- il, reprenant les vociférations d’un adjudant qui régule le trafic d’un bordel ambulant. Le mouvement de ses deux mains balayant l’espace de droite à gauche, je l’ai tout de suite associé à l’image d’une succession de personnes que l’on écarte. Brutalement. Sans préalable. Sans le moindre regard sur un passé proche. Et d’un revers de main : allez hop !du balai, circulez, y a plus rien à voir ! Au suivant, au suivant … Avant-hier, c’était Alors Chante à Montauban qui disparaissait sous les coups de boutoirs d’une élue vengeresse, aux pieds caressés par quelques vaguelettes bleu marine. Hier, c’était Philippe Meyer qui était prié de ne pas venir chanter la prochaine fois. Aujourd’hui c’est le Centre de la chanson que l’on veut abandonner lâchement après 28 années d’activités et un projet en cours, nécessaire et pertinent.

Sachez bien que l’entreprise de destruction a débuté il y a fort longtemps. Mais tout cela n’a jamais totalement été reconnu, car sur l’océan des paroles seule flotte la langue de bois. En 1983, le ministère de la culture supprimait la ligne budgétaire ‘ chanson, variété, pour la remplacer par la ligne rock-variétés . Le mot chanson disparaissait ainsi du vocable des disciplines que l’on pouvait aider.

C’est vrai que chanter en français, à une époque, pouvait apparaître comme une maladie honteuse. Pour les artistes certes, mais aussi pour ceux qui avaient envie de défendre ces auteurs qui se faisaient un sang d’encre et qui suaient la syntaxe. Avec en prime, pointé du doigt par les faiseurs d’opinions, un lourd soupçon de nationalisme.

Le soutien de l’état à la chanson et à ses réseaux de diffusion a toujours été faible. Il est alors devenu inexistant. La chanson est une voyageuse au long souffle qui se métisse de toutes les influences et accents. Mais la chanson demeure mal aimée et mal connue des milieux culturels. Cette vieille dame poudrée a couru les rues, trainé sur les ponts, accompagné les soulèvements.  L’art de fixer l’air du temps comme la définit Stéphane Hirschi, est aussi un formidable véhicule pour la littérature et la poésie. Prévert, Aragon, Apollinaire, Maïakovski, Mallet-Joris …ont pu ainsi glisser leurs vers à l’oreille d’un auditoire renouvelé… Pourtant la chanson est souvent ringardisée, affublée de qualificatifs parfois moqueurs et déposée dans le panier des « variétés » quand la sphère commerciale a décidé de s’en emparer pour en tirer profits Et c’est là que j’oserais presque vous parler de chanson d’art et d’essai, en imaginant l’existence de lieux estampillés et soutenus, comme l’on peut en trouver pour le cinéma. Cela fait bien une douzaine d’années que cette idée me trotte dans la tête.

Mais aujourd’hui il faut agir vite tant l’inquiétude est pesante. Les crédits destinés à la transmission des savoirs fondent, l’action culturelle est fragilisée, les valeurs artistiques et intellectuelles vitales, souvent sacrifiées sur l’autel de la mondialisation. Comment prendre le temps de cheminer tout en mesurant l’urgence, de trouver les espaces pour faire ouvrir les yeux. L’économique vise le court terme et se soucie peu des carrières d’artistes au point d’affirmer qu’il n’y a rien de nouveau. L’adulte est avant tout un être qui n’a pas le temps, un collabo du monde réel et les chiffres ont éjecté les mots dans la marge. Radio et télévision sont des vecteurs redoutablement efficaces du marketing qui court- circuitent tout ce qui pense – car penser veut dire penser par soi-même, ce qui est à l’opposé de tout consumérisme. Présentement, c’est bien Internet qui fusionne tous les médias.

« La radio n’utilise pas de chanson dans ses émissions mais de la variété. La chanson est intelligente, drôle, émouvante ou colérique. Ça ferait des morceaux trop gros pour la bande passante et ça esquinterait les compresseurs … Les auteurs de chansons qui espèrent faire connaître leur travail par les radios sont donc contraints au formatage de leur travail en variété ou au ridicule d’un anonymat non consenti. » Voilà ce que nous dit Sarclo, et je l’applaudis des deux mains !

La langue et les mots constituent un véritable patrimoine qu’il convient de ne pas assécher, qu’il faut nourrir en permanence, sans le ramener sans cesse à la matérialité économique. Cette chanson dont nous parlons n’a aucune valeur marchande au sens d’une large diffusion. C’est de l’artisanat face à la production industrielle. Pendant longtemps, des associations, des petits lieux, des passionnés, ont permis l’existence d’un réseau fragile, mais militant. Force est de constater qu’il s’épuise. C’est la construction d’un autre cadre qu’il faut inventer.

Comment ne pas regarder avec ironie toutes ces grosses structures d’accueil du spectacle vivant, venir subventionner de grosses productions, et précipiter ainsi la disparition des artistes qui essaient de survivre en dehors des circuits commerciaux.

Alors, n’en déplaise aux faiseurs de rois, sondeurs et autres proctologues de l’opinion, il existe bien une place pour un nouvel essor de la parole, pour que se déplient les mots, pour que se déploie une chanson vivante, en ouvrant des espaces d’expression de proximité. Des moments de rencontres où se construisent la mixité et la citoyenneté, en réactivant le sens critique.

Même si elles sont une véritable respiration dans un contexte difficile, on ne peut pas se contenter de la multiplication de formules du type « chez l’habitant ». Il ne faut surtout pas délaisser l’espace public. Chacun, suffisamment passionné et motivé, peut devenir un organisateur potentiel dans le Foyer rural de son village, une petite salle de son quartier, un lieu patrimonial singulier ou une cour silencieuse et ombragée. Il peut être l’interlocuteur des élus locaux, le lien vivant. C’est du terrain que doivent remonter les envies. Je vous garantis que c’est possible. Quand j’ai créé il y a 20 ans Chantons sous les pins dans les Landes (bâti sur le modèle d’utilisation de lieux ruraux non répertoriés par le circuit culturel) il me semblait que la création d’un Chantons quelque chose …dans chaque département, serait un formidable ballon d’oxygène pour la chanson. L’entreprise était colossale et après de belles expériences dans trois autres départements, il me manqua le temps nécessaire, une équipe, et une structure pour porter le projet. Je pense qu’il existe la même nécessité aujourd’hui, mais avec des financements qui ne sont plus les mêmes. Il faut resserrer la proposition, l’adapter aux moyens. Le mot festival, utilisé à tout-va, devient parfois incongru. Préférons-lui Rencontres ou autres noms plus conviviaux. Faisons qu’il puisse exister des lieux d’écoute où le texte révèle tout son sens aux sens. Ou vibrations et émotions, se partagent à portée de regards.

Résistons en déployant convictions et solidarité, au moment où l’industrie du divertissement s’installe plus lourdement que jamais. Soyons vifs, virevoltants, inventifs car les mastodontes ont toujours du mal à se mouvoir. Persuadons-nous que le formatage des goûts du public et l’homogénéisation des modes de comportement n’est pas inéluctable. Toute cette énergie déployée dans la résistance, nous devons la mettre au service de ces artistes qui continuent à nous enchanter contre vents et marées, parfois au bord du naufrage.

Il est l’heure de remuer ciel et terre pour sauver le Centre de la Chanson et le Limonaire, car c’est bien dans cet état d’esprit qu’ils agissent au quotidien. Leur disparition serait un coup supplémentaire porté aux artistes et à tous ceux qui se battent pour la diversité culturelle.

Jean-Claude Barens

Activiste de la chanson vivante

dimanche, 18 octobre 2015

L'actualité de la chanson du 12 au 18 octobre (mise à jour)

Le clip de la fin de semaine : Les Partisans, Rien ne s'efface

Le clip de la semaine - Bertrand Belin, Folle Folle Folle

A la une

Hexagone - La Demoiselle inconnue : « Mon métier c’est d’aller trifouiller parmi les secrets »

La Demoiselle Inconnue à Hexagone on l’aime bien et on t’a chroniqué plusieurs fois des émotions liées à ses concerts Parisiens ou Toulousains. Elle venait chanter trois jours, au Bijou, à Toulouse (du 9 au 11 septembre). Alors pour t’en parler autrement je me suis dit : une petite interview peut-être … Bonne idée mais insuffisante ! La Demoiselle inconnue, en entretien, c’est comme en concert : du naturel, de l’émotion qui jaillit, ses regards avec parfois de grands yeux ronds, de l’intensité dans la voix. Et puis des rires, des « ppffeu » avec la bouche … En plus là, elle peut utiliser ses mains et ses bras, (sa nouvelle guitare se repose dans son étui appuyée contre le mur) et elle ne s’en prive pas. Et ses gestes viennent compléter et faire danser ses mots, faire corps (corps et graphie !) avec le texte dit. Hé Mick, ce moment aurait mérité de la vidéo et pas uniquement un frustrant enregistrement audio. Bon Hexagonaute, t’auras ni le son, ni les gestes, ni la magie de l’instant, ni la totalité de ce qui a été dit. Mais imagine la salle du Bijou, sans aucun public, en fin d’après-midi, avec un éclairage minimal et intimiste, Camille et moi au fond de la salle sur un banc gradin. Tu y es ?

16, 17 et 18 octobre

C'est déjà ça - Cabrel en tournée, un linge sur l'abat-jour

Le chanteur commençait sa tournée dans le sud-ouest par la Gare du Midi. Cordes en tous genres mais aussi accordéon pour un récital impeccable, boisé et serti de quelques surprises. Il est ce soir "chez lui" à Agen.

Nos Enchanteurs - Barjac : Jean-Claude Barens nommé directeur artistique

Chant libre tient parole. Trois semaines après le coup de semonce qui valut à Jofroi, son directeur artistique, d’être destitué, le temps s’accélère pour l’association Chant libre, organisateur du festival Chansons de parole. Objectif, l’édition 2016, et il n’y a pas de temps à perdre. Un nouveau directeur artistique vient d’être nommé : il aura la lourde tâche de reprendre la flambeau, de rassurer les habituels festivaliers et d’en séduire d’autres. De faire se profiler ce festival dans l’avenir d’une chanson de plus en plus malmenée par l’air du temps qui ne lui est pas favorable.

Le blog de Norbert Gabriel - MUSICALARUE, UN FESTIVAL PAS COMME LES AUTRES : ENTRETIENS AVEC THE HYENES, GERARD BASTE et ses complices XANAX et Dr VINCE, FLAVIA COELHO, PIERRE LAPOINTE, BILLY ZE KICK ET DÄTCHA MANDALA

Les 14 et 15 aout derniers avait lieu à Luxey (Landes) l’édition 2015 du festival Musicalarue. Certes les événements musicaux ne sont pas exception en saison estivale, quoi que la diminution des budgets consacrés à l’art et à la culture mette en péril la survie de bon nombre d’entre eux. Mais la philosophie et l’organisation même de celui-ci ont fait, depuis plus de 25 années, de Musicalarue un festival pas comme les autres : durant tout un week-end, c’est le village entier de Luxey qui se transforme en une petite planète dédiée à l’expression musicale et artistique. Une multitude d’animations et de spectacles de rue, assurés par des artistes et compagnies plus ou moins anonymes, y jouxtent plusieurs scènes accueillant chanteurs, chanteuses et groupes un peu ou beaucoup plus renommés. Sans oublier que nous sommes dans les Landes : la fête est aussi dans les estomacs ! Buvettes et lieux de restauration établis pour l’occasion offrent aux visiteurs des produits artisanaux de gastronomies régionales et internationales. Tous les habitants s’impliquent dans l’accueil des festivaliers et l’hébergement d’artistes ; les bénévoles viennent parfois de plusieurs centaines de kilomètres de là pour participer et aider. L’investissement de chacun, l’esprit de convivialité, la grande diversité culturelle invitée à s’exprimer, et aussi la proximité avec les artistes expliquent sans doute le succès de fréquentation continue que connait Musicalarue depuis 1990. Ici nous sommes loin des gros événements industriels à budget dantesque où un attroupement public sous haute surveillance vient applaudir des stars de loin. Musicalarue véhicule d’autres valeurs : simplicité, partage, respect du public, accessibilité et humanité.

GQ - FEU ! CHATTERTON : "ON NE TRAITE PAS SON PUBLIC COMME UN COUP D’UN SOIR"

Secret d’initiés jusqu’ici, le groupe français le plus élégant de l’année sort demain de l’anonymat grâce à un premier album qui fera date.

Feu ! Chatterton fait partie d’une vague d’artistes qui redonnent élégance et panache au style français. Avec leur premier album, Ici le jour (a tout enseveli), qui sort ce vendredi, ils entrent dans la troupe des artistes qui, de Jean-Jacques Rousseau à Vincent Macaigne en passant par Boris Vian, Jean Rochefort, Jacques Dutronc ou Edouard Baer, se distraient à tenter quelques traits d’esprit. Rencontre avec le groupe qui a pris l’industrie du disque, la critique et le public de court en réinjectant du talent dans la chanson

Les 3 coups - « Les Quatre sans cou », lecture-concert de Christian Olivier, Serge Begout et Thierry Bartalucci, Théâtre du Nord à Lille

En hommage à Robert Desnos, surréaliste et résistant, « les Quatre sans cou » nous montre les deux facettes du maître d’œuvre Christian Olivier, ici en retrait de sa faconde et de sa hargne jouissive bien connue des Têtes raides pour être tout au service du texte, des textes.

Hexagone - Serge Bégout fait les « 4 sans cou » à Agend’arts avec Christian Olivier

Serge Bégout, le guitariste des Têtes Raides, vit à Lyon dans le quartier de la Croix-Rousse et c’est donc en voisin que je l’ai rencontré pour parler des « 4 sans cou » qui se donne à partir de jeudi à Agend’arts. Lors de ce spectacle Christian Olivier, le leader des Têtes Raides, propose une lecture de poèmes comme il avait eu l’occasion déjà de le faire avec « Corps de mots ». Il sera accompagné pour la musique de Serge Bégout à la guitare et de Thierry Bartalucci à l’accordéon.

 

13 au 15 octobre

Hexagone - Filip Chrétien : « Les chansons gaies m’ennuient »

Un an après Dia a dia, très bel album aux sonorités pop, Filip Chrétien récidive avec Les traces qui sortira le 23 octobre prochain. Un nouvel opus écrit et composé rapidement, comme pour répondre à une urgence à dire et raconter ses « traces. » Le tout emballé dans des arrangements de grande classe. Un très beau disque. Filip répond à notre hexagonale investigation.

Libé - Bertrand Belin, bel hydre en mer

S’il fallait lui donner une raison sociale dans le village des hommes, on choisirait celle-ci: alchimiste à tendance druide, dépositaire de sortilèges. Gars encore jeune (44 ans) mais vieille âme hantée. Rocker-docker-trouvère. C’est du moins l’idée composite et passablement ésotérique qu’on s’était faite de Bertrand Belin, en partant à sa rencontre. Avec ce postulat collatéral: le saisir ne serait pas forcément facile. Il pourrait même s’avérer déroutant en écho à ses chansons, qu’on écoute en boucle avec la sensation que leur sens au fond nous échappe et tant mieux. Cette irréductibilité participe à la séduction addictive que reconduit Cap Waller, son cinquième et nouvel album (1).

12 octobre

RFI - Patrick Fiori et altri, une renaissance corse, Nouvel album, Corsu Mezu Mezu

Un cri d'amour pour la Corse et sa culture. Voici ce que nous apportent aujourd'hui, à l'initiative de Patrick Fiori, trente artistes, continentaux et corses mêlés. Un disque de duos, Corsu Mezu Mezu, pour un voyage à travers tous les états de la chanson corse.

Hexagone - Missonne en pleine lumière

C’était le 30 septembre dernier, au 18 cité Bergère, à Paris. Une adresse que tu connais, toi l’infatigable arpenteur de concerts de chansons, puisque c’est celle du Limonaire. Figure-toi que ce mercredi qui venait fermer la porte du mois de septembre, Missonne présentait son nouvel et premier album. Panique Attentionnée que c’est son titre. Réalisé par Patrick Pernet. Aujourd’hui, dans les lieux branchés, on appelle ça une « release party ». Une teuf de sortie d’album.

« On a pas long de chandelle pour aller jusqu’à demain », m’écrivais-tu en 1990. On avait déjà douze ans d’amitié pleine et entière, sans conditions, des projets ensemble (te souviens-tu de cette série de polars dont tu aurais été l’inspirateur et moi l’accoucheur ?) et une mémoire commune, bien sûr : celle de nos pères, républicains espagnols, parqués en même temps dans le même camp de concentration d’Argelès (comme celui, aussi, de Paco Ibañez)... Et nous voilà, ce soir !

Télérama - Chanson à la carte : Jean-Louis Aubert, Benjamin Biolay et Arthur H

Les poèmes désespérés de Michel Houellebecq adaptés par Jean-Louis Aubert, la voix de crooner de Benjamin Biolay chantant Trenet ou Arthur H et sa magnifique “Ballade des clandestins”, autant de grands moments à revivre sur la Toile.